Opinions diverses à l’égard de Dieu

Le catholicisme avec son immobilité formidable, ses dogmes absolus, ses terribles anathèmes et ses immenses récompenses, l’anarchie religieuse de la Réforme, l’antique paganisme trouvent ici leurs représentants. On y adore déjà en six manières différentes l’Être unique et éternel qui a créé tous les hommes à son image. On s’y dispute avec ardeur le ciel que chacun prétend exclusivement son héritage, bien plus, au milieu des misères de la solitude et des maux du présent, l’imagination humaine s’y épuise encore à enfanter pour l’avenir d’inexprimables douleurs. Le luthérien condamne au feu éternel le calviniste, le calviniste l’unitaire et le catholique les enveloppe tous dans une réprobation commune. Pdf S.42

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La religion

Nous reprîmes: « La voix de la religion parvient-elle quelquefois jusqu’à eux? – Très rarement; on n’a pu encore rien prévoir dans nos bois pour assurer l’observation publique d’un culte. Presque tous les étés, il est vrai, quelques prêtres méthodistes viennent parcourir les nouveaux établissements. Le bruit de leur arrivée se répand avec une incroyable rapidité de cabane en cabane; c’est la grande nouvelle du jour. À l’époque fixée, l’émigrant, sa femme et ses enfants, se dirigent à travers les sentiers à peine frayés de la forêt vers le rendez-vous indiqué. On y vient de 50 milles à la ronde. Ce n’est point dans une église que se réunissent les fidèles, mais en plein air, sous le feuillage de la forêt. Une chaire composée de troncs mal équarris, de grands arbres renversés pour servir de sièges, tels sont les ornements de ce temple rustique. Les pionniers et leurs familles campent dans les bois qui l’entourent; c’est là que pendant trois jours et trois nuits la foule pratique des exercices religieux rarement interrompus. Il. faut voir avec quelle ardeur ces hommes se livrent là la prière, avec quel recueillement on écoute la voix solennelle du prêtre. C’est dans le désert qu’on se montre comme affamé de religion. Pdf p.25

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La disparacion des indigènes

Au milieu de cette société si policée, si prude, si pédante de moralité et de vertu, on rencontre une insensibilité complète, une sorte d’égoïsme froid et implacable lorsqu’il s’agit des indigènes de l’Amérique. Les habitants des États-Unis ne chassent pas les Indiens à cor et à cri ainsi que faisaient les Espagnols du Mexique. Mais c’est le même sentiment impitoyable qui anime ici comme partout ailleurs la race européenne.

Combien de fois dans le cours de nos voyages n’avons-nous pas rencontré d’honnêtes citadins qui nous disaient le, soir, tranquillement assis au coin de leur foyer: Chaque jour le nombre des Indiens va décroissant. Ce n’est pas cependant que nous leur fassions souvent la guerre, mais l’eau-de-vie que nous leur vendons à bas prix en enlève tous les ans plus que ne pourraient faire nos armes. Ce monde-ci nous appartient, ajoutaient-ils, Dieu, en refusant à ses premiers habitants la faculté de se civiliser, les a destinés par avance à une destruction inévitable. Les véritables propriétaires de ce continent sont ceux qui savent tirer parti de ses richesses. Satisfait de son raisonnement, l’Américain s’en va au temple où il entend un ministre de l’Évangile lui répéter que les hommes sont frères et que l’être éternel qui les a tous faits sur le même modèle, leur a donné à tous le devoir de se secourir.

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Reiseroute

Alexis de Tocqueville, In der nordamerikanischen Wildnis, Reisebeschreibung aus dem Jahr 1831
Geschrieben auf dem Dampfer Superior, veröffentlicht posthum durch seinen Begleiter Beaumont im Jahr 1866. Titel des Reiseberichts im Original: „Quinze jours au désert“

New York war sein Arbeitsort im Jahr 1830. Als junger Justiziar sollte er für das Justizministerium das amerikanische Gefängniswesen untersuchen und Anregungen für Reformen im heimischen Strafvollzug sammeln. Im July 1831 reiste er mit seinem Freund Gustave de Beaumont zunächst auf dem Hudson bis nach Buffalo, N.Y. (ca.470 km). Von Buffalo aus legten sie dann weitere 100 Meilen (frz. Seemeilen d.h. 440 km) auf dem Eriesee bis nach Detroit zurück. Erst hier gelangten sie allmählich an die Randbezirke der nordamerikanischen Wildnis. Vom Ende des Eriesees aus ging es nun mit Pferden und unter der Führung von Indigenen weiter bis hin zu einer Siedlung der Ureinwohner am Saginawfluss: der langehegte Wunsch geht endlich in Erfüllung. Das Eintreffen dort beginnt mit einer erstaunlichen Überraschung. Der Indianer, der sie mit einem Kanu übersetzt spricht fließend Französisch mit normannischem Akzent…

Reiseverlauf T. (1117x684)

Seginaw, Michigan, die verbliebene Natur im Auenbereich mit kleinem National Wildlife Refuge

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Seginaw, wenige km flussabwärts. Das typische Gittermuster einer amerikanischen Stadt

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Peu à peu le beau désert s’éteint

Après avoir quitté M. Williams nous poursuivîmes notre route au milieu des bois. De temps en temps un petit lac (ce district en est plein) apparaissait comme une nappe d’argent sous le feuillage de la forêt. Il est difficile de se figurer le charme qui environne ces jolis lieux où l’homme n’a point fixé sa demeure et où règnent encore une paix profonde et un silence non interrompu. J’ai parcouru dans les Alpes des solitudes affreuses où la nature se refuse au travail de l’homme, mais où elle déploie jusque dans ses horreurs même une grandeur qui transporte l’âme et la passionne. Ici la solitude n’est pas moins profonde, mais elle ne fait pas naître les mêmes impressions. Les seuls sentiments qu’on éprouve en parcourant ces déserts fleuris où tout, comme dans le Paradis de Milton, est préparé pour recevoir l’homme, c’est une admiration tranquille, une émotion douce et mélancolique, un dégoût vague de la vie civilisée; une sorte d’instinct sauvage qui fait penser avec douleur que bientôt cette délicieuse solitude aura changé de face. Déjà en effet la race blanche s’avance à travers les bois qui l’entourent et, dans peu d’années, l’Européen aura coupé les arbres qui se réfléchissent dans les eaux limpides du lac et forcé les animaux qui peuplent ses rives de se retirer vers de  nouveaux déserts. Pdf Page 27.

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Une escapade tardive sur la Saginaw

Alexis de Tocqueville, Au Bas-Canada. (Pdf S. 43/44) en été 1831:

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Schären bei Karlskrona, Schweden

« Le soir étant venu nous remontâmes dans le canot et, nous fiant à l’expérience que nous avions acquise le matin, nous partîmes seuls pour remonter un bras de la Saginaw que nous n’avions fait qu’entrevoir. Le ciel était sans nuages, l’atmosphère pure et immobile. Le fleuve roulait ses eaux à travers une immense forêt, mais si lentement qu’il eût été presque impossible de dire de quel côté allait le courant. Nous avons toujours éprouvé que, pour se faire une idée juste des forêts du Nouveau Monde, il fallait suivre quelques-unes des rivières qui circulent sous leurs ombrages. Les fleuves sont comme de grandes voies par lesquelles la Providence a pris soin, dès le commencement du monde, de percer le désert pour le rendre accessible à l’homme. Lorsqu’on se fraye un passage à travers le bois, la vue est le plus souvent fort bornée. D’ailleurs le sentier même où vous marchez est une œuvre humaine. Les fleuves au contraire sont des chemins qui ne gardent point de traces, et leurs rives laissent voir librement tout ce qu’une végétation vigoureuse et abandonnée à elle-même peut offrir de grands et de curieux spectacles. Le désert était là tel qu’il s’offrit sans doute il y a six mille ans aux regards de nos premiers pères; une solitude fleurie, délicieuse, embaumée; magnifique demeure, palais vivant, bâti pour l’homme, mais où le maître n’avait pas encore pénétré. Le canot glissait sans efforts et sans bruit; il régnait autour de nous une sérénité, une quiétude universelles. Nous-mêmes, nous ne tardâmes pas à nous sentir comme amollis à la vue d’un pareil spectacle. Nos paroles commencèrent à devenir de plus en plus rares; bientôt nous n’exprimâmes nos pensées qu’à voix basse. Nous nous tûmes enfin, et relevant simultanément les avirons, nous tombâmes l’un et l’autre dans une tranquille rêverie pleine d’inexprimables charmes.

D’où vient que les langues humaines qui trouvent des mots pour toutes les douleurs, rencontrent un invincible obstacle à faire comprendre les plus douces et les plus naturelles émotions du cœur ? Qui peindra jamais avec fidélité ces moments si rares dans la vie où le bien-être physique vous prépare à la tranquillité morale et où il s’établit devant vos yeux comme un équilibre parfait dans l’univers, alors que l’âme, à moitié endormie, se balance entre le présent et l’avenir, entre le réel et le possible, quand, entouré d’une belle nature, respirant un air tranquille et tiède, en paix avec lui-même au milieu d’une paix universelle, l’homme prête l’oreille aux battements égaux de ses artères dont chaque pulsation marque le passage du temps qui pour lui semble ainsi s’écouler goutte à goutte dans l’éternité. Beaucoup d’hommes peut-être ont vu s’accumuler les années d’une longue existence sans éprouver une seule fois rien de semblable à ce que nous venons de décrire. Ceux-là ne sauraient nous comprendre. Mais il en est plusieurs, nous en sommes assurés, qui trouveront dans leur mémoire et au fond de leur cœur de quoi colorer nos images et sentiront se réveiller en nous lisant le souvenir de quelques heures fugitives que le temps ni les soins positifs de la vie n’ont pu effacer. »